Philippe Nicaud adapte Macbeth en seul-en-scène à Nîmes : "Aujourd’hui encore, est-ce qu’on peut avoir le pouvoir gratuitement ?"

  • L’auteur et comédien Philippe Nicaud adapte Shakespeare, auteur rock’n’roll.
    L’auteur et comédien Philippe Nicaud adapte Shakespeare, auteur rock’n’roll.
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Invité par l’ATP, Philippe Nicaud adapte Macbeth de Shakespeare en seul-en-scène. À voir à Nîmes et à Rodilhan, du jeudi 5 au jeudi 12 février.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la pièce Macbeth de Shakespeare ?

J’ai eu la chance de le jouer plus de 100 fois dans la version originale il y a une quinzaine d’années. Je connais très bien la pièce. Je jouais le rôle principal, donc avec tous les comédiens. J’avais vraiment ancré en moi tout ce qui peut arriver émotionnellement, psychologiquement, physiquement à tous les personnages.

C’était facile d’écrire un spectacle qui racontait à la fois l’histoire Shakespeare et de mêler le théâtre, la musique, le slam, le rock. Macbeth permet de créer cet univers-là. Il y a beaucoup de drame, d’humour, de cruauté, d’amour, il y a beaucoup d’émotions à partager. C’est aussi pour cela que j’aime Shakespeare.

Comment avez-vous adapté la pièce ?

La pièce dure 2 h 30, je l’ai recentrée sur 1 h 10 environ. Cela dure assez longtemps. J’ai mis six mois environ pour faire l’adaptation, avec un travail quotidien.

Comme je connaissais bien la trame, j’ai pris tous les mini-monologues de chaque personnage principaux, les sorcières, Macbeth, Lady Macbeth pour garder du texte original. Et autour de ça, j’ai créé un récit pour que le public puisse suivre. À chaque transition de scène, j’ai rajouté de la musique, en anglais, en français.

Dans le récit, j’ai inventé la mort du roi. Dans le texte, le roi est assassiné par Macbeth mais on ne voit pas ce qui se passe. Pendant ce moment, c’est Lady Macbeth qui fait un grand monologue. Et quand on revient dans la chambre pour remettre les poignards, c’est lui qui fait un grand monologue. Je me suis dit que ce qui pouvait être intéressant, c’était de raconter ce qui se passait, le meurtre. Je l’ai mis en musique.

"Macbeth est comme un conte rock"

C’est un défi de transformer une pièce grandiose en seul-en-scène ?

Je ne le prends pas comme un défi, c’est une vraiment création artistique. Les puristes peuvent se dire que ce n’est pas la pièce. Mais ce n’est jamais vraiment la pièce telle quelle. Le défi, c’est d’arriver à ce que ce soit compréhensible par tout le monde. C’est pour cela que je passe du récit aux personnages, en restant dans la chronologie de la pièce. C’est comme un conte rock.

Shakespeare est rock’n’roll ?

Shakespeare est tout. Il est vraiment tout ce qu’on veut. Il y a toujours de la musique, des fantômes, des sorcières, des meurtres. Il y a de l’ambition, de la culpabilité, des sortilèges, du fantastique. Mon théâtre n’est pas intellectuel. Je fais un théâtre qui est très émotionnel, passionnel. Je rentre dans Shakespeare par tous les pores.

Que dit cette pièce pour le monde d’aujourd’hui ?

Macbeth, c’est une pièce sur l’ambition. Sa femme, Lady Macbeth, voudrait qu’il devienne roi. Les sorcières lui injectent ce poison qui va se développer en culpabilité. Est-ce qu’on peut avoir le pouvoir gratuitement ? Il a le pouvoir parce qu’il tue quelqu’un. Que se passe-t-il aujourd’hui ? Le truc, c’est qu’ils n’ont pas tous la culpabilité. Aujourd’hui, les gens tuent toujours pour avoir le pouvoir. L’ambition est toujours au détriment des autres.

Dans cette descente aux enfers, vous conservez une lumière qui est l’humour…

L’humour, je l’ai mis dans les sorcières, les trois sœurs du destin. Je leur fais prendre en charge la trame, le récit, elles racontent ce qui se passe. Et elles sont très drôles… C’est un moyen de mettre de la douceur, comme ce que j’ai fait avec les chansons jouées à la guitare. Cela amène une espèce de nostalgie. Mais Macbeth, lui, n’a pas d’humour. Il culpabilise, puis il devient tyrannique. On le voit avec Poutine ou Trump aujourd’hui, quand ils ont le pouvoir, les gens deviennent fous.

On dit que Macbeth que c’est une pièce maudite…

Moi, elle me porte chance. Je l’ai jouée 100 fois et là, j’en suis à ma 300e. Je vais bientôt partir la jouer en Roumanie.

J’ai eu la chance d’avoir un Cyrano, c’est un peu comme des petits Molières pour les théâtres de moins de 200 places. J’ai eu le prix d’interprétation en 2024 et j’ai été nominé comme meilleur seul-en-scène. J’étais étonné, c’est la première fois que j’ai un prix de théâtre.

Jeudi 5 février, 14 h ; vendredi 6, 19 h, Télémac théâtre, 14 rue Fernand-Pelloutier, Nîmes. Samedi 7 février, 19 h 30, espace culturel Bernard-Fabre, chemin des Canaux, Rodilhan. Jeudi 12 février, 14 h, Tel quel théâtre, 186 rue Edmond-Carrière, Nîmes. 8 €, – 12 ans 4 €. 04 66 67 63 03.
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