Réinventer l’urbanisme : densification, mixité et villes résilientes au menu du Lab Immo à Montpellier
Comment intégrer la mixité dans les villes, les densifier sans dégrader la qualité de vie et les rendre résilientes ? Le Lab Immo de Midi Libre a détaillé ces sujets, jeudi, à l’Hotel Saint-Côme.
Jeudi soir, l’amphithéâtre Lapeyronie, au cœur de l’Hôtel Saint-Côme, a accueilli le Lab Immo organisé par Midi Libre. Autour de la table : Mathieu Massot, directeur général du groupe FDI et président de Procivis Immobilier, Cédric Grail, directeur d’Altémed, Franck Tillequin, président de TIL Architecture, et Thierry Iacazio, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers Occitanie Méditerranée. Thème du débat : l’urbanisme et les villes de demain, à l’heure où les collectivités cherchent à concilier attractivité, durabilité et cadre de vie.
Les échanges ont d’abord porté sur la notion de "ville du quart d’heure", ce modèle où tous les services essentiels (commerces, écoles, espaces verts, soins) se trouvent à une distance de marche ou de vélo. "On ne peut pas être contre, c’est dans l’air du temps de favoriser la mobilité douce, le lien social, l’accessibilité et une certaine équité", souligne Thierry Iacazio. Une philosophie que partage Franck Tillequin : "La mixité d’usage est essentielle à la vie du quartier. Elle permet de créer du lien social. "
Mais comment les opérateurs immobiliers traduisent-ils cette mixité dans leurs projets ? "Elle est parfois souhaitable mais pas toujours voulue, observe Mathieu Massot. Dans une résidence, on se demande s’il faut isoler la partie sociale ou la répartir dans les étages. Il faut s’adapter et anticiper."
Pour l’architecte Franck Tillequin "la mixité à l’échelle du quartier est indispensable. Sans elle, on tombe dans des situations de ghettoïsation. Il faut bien définir la limite entre privé et public : à partir de quand est-on dans un espace partagé ?"
Autre enjeu majeur : la densification urbaine, souvent perçue négativement par les habitants. "Il faut bien choisir les sites à densifier, insiste Thierry Iacazio. Et savoir comment on densifie. Monte-t-on en hauteur pour libérer le sol ou reste-t-on plus bas pour offrir de la respiration, de la rencontre, du lien social ? Il faut concerter, anticiper et désamorcer les peurs."
Pour Mathieu Massot, cette densification doit être "adaptée, chirurgicale et mesurée". Il ajoute : "Il faut la rendre désirable, en créant des lieux agréables à vivre, bien pensés. On doit interconnecter certains quartiers pour éviter les fractures urbaines."
Un défi culturel, selon Cédric Grail : "On est conditionnés par un passif émotionnel pas très positif. Il faut voyager pour voir que ça marche ailleurs, comme à Singapour. Les gens doivent se projeter pour savoir s’ils seront heureux."
"Comment s’organise-t-on tous ensemble ?"
La table ronde s’est conclue sur la question des villes résilientes, capables de faire face aux chocs climatiques et de s’adapter rapidement. "Une ville résiliente, c’est une ville qui résiste aux catastrophes naturelles et reprend vite son fonctionnement normal, rappelle Thierry Iacazio. La végétalisation des espaces publics est à la fois efficace et visible, elle apporte fraîcheur et bien-être."
"L’architecture bioclimatique est un élément fondamental qu’on a trop longtemps négligé, ajoute Franck Tillequin. Il faut revenir au bon sens : les Perses construisaient déjà des systèmes de climatisation dans le désert il y a 5 000 ans."
Et Cédric Grail de conclure : "On est mauvais sur le réchauffement climatique, on n’innove pas assez. La vraie question, c’est : comment s’organise-t-on, tous ensemble, pour trouver des solutions concrètes et durables ?"
Ils ont dit
Mathieu Massot : "La question du logement est évidemment prépondérante. La réponse à la production de logements qui doit continuer d’être intense sur un territoire dynamique comme celui de la Métropole de Montpellier est polyforme. Il existe énormément de variables à ajuster pour être en capacité, demain, de produire de la mixité, des bâtiments durables et confortables dont les usages sont adaptés. Le besoin est là, cela passera par une vraie réflexion."
Cédric Grail : "Les trois sujets étaient intéressants : la densité, la mixité et la résilience. Il y a surtout un sujet qui nous percute, c’est celui de la crise de l’immobilier. La question est la suivante : comment met-on à disposition des produits qualitatifs que les habitants ont la capacité d’acheter ? Il y a ensuite la question du prix de construction qui intègre les exigences climatiques et la question des financements. Tout ça repose sur le fait que l’immobilier est percuté par la crise. Il faut donc revoir le modèle global."
Thierry Iacazio : "Les sujets abordés étaient appropriés par rapport à la réalité de nos métiers. Les réponses de mixité sociale étaient très pertinentes. Cette densification est nécessaire. A la Fédération des Promoteurs Immobiliers, on la pousse, on la porte. C’est notre seule solution pour arriver à obtenir un minimum de production. On a besoin, dès aujourd’hui, d’évolutions de mentalités des populations et des élus pour accepter une autre forme d’urbanisme dans les villes centrales afin qu’on arrive ensuite à densifier les villes périphériques d’une autre façon."
Franck Tillequin : "Il faut concilier les approches qui ne sont pas toujours alignées entre la question de la qualité et celle des coûts. C’est un équilibre à trouver, une juste balance. C’est seulement en travaillant ensemble et en comprenant les difficultés de chacun qu’on arrive à créer la ville de demain avec ses logements et ses quartiers dont on a besoin. L’important, pour moi, c’est surtout d’avoir cette conscience de la nécessité d’une ville résiliente et donc d’intégrer dans l’architecture ces aspects bioclimatiques."
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