Saint-Gilles : La manade Bilhau se prépare à reprendre le chemin des arènes

  • Jean-Marie Bilhau, sa fille Magali et son gendre Marc Linsolas dans le musée Emile Bilhau.
    Jean-Marie Bilhau, sa fille Magali et son gendre Marc Linsolas dans le musée Emile Bilhau. Cyril Daniel
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D’Émile Bilhau en 1940 à Magali et Marc Linsolas depuis 2025, en passant par Jean-Marie, la saga du Mas d’Estagel se poursuit.

Cette semaine, c’est la manade Émile Bilhau qui nous a reçus.

Bien plus qu’une histoire

 

Devenu propriétaire du Mas du Grand Estagel sur la commune de Saint-Gilles suite au partage familial en 1930, Émile Bilhau, alors âgé de 26 ans, gardian amateur dans diverses manades et lié d’une « profonde amitié » avec le Marquis de Baroncelli et Denis Colomb de Daunan, devient responsable de l’exploitation agricole familiale. Homme de cheval avant tout, il va réaliser les doublures de cascades lors des premiers westerns (tournés non pas dans le Colorado mais ici en Camargue). On lui doit par exemple les premiers sauts de cheval à cheval… L’opportunité de devenir manadier lui sera donnée par René Barbut (qu’il gardera comme gardian) à la vente de la manade Trouchaud en 1940 composée d’une cinquantaine de bêtes d’origine Granon, Marquis de Baroncelli et Raynaud. Alors persuadé par ses amis Casimir Raynaud et Alfred Blatière qu’il fallait conserver ces bêtes, le jeune Émile va alors louer des terres près de Saliers, le temps de créer des prés et d’aménager le domaine d’Espeyran sur la commune de Saint-Gilles.
La manade Bilhau, aux couleurs violet et or vient de naître et à peine 10 ans après, c’est le succès. Dans les années 1952-1956, la super-royale de la manade Bilhau marque les esprits avec ses deux vedettes Carretié (4e) et le spectaculaire Janot (6e) qui – nouveauté pour l’époque – terminait la course.
C’est ainsi que le premier Biou d’Or, IIIe Trophée du Provençal allait être attribué à une course complète, fait unique car depuis (hormis en 1967 ou Loustic de Laurent et Cailaren de Lafont) le titre suprême ne récompense un seul taureau.

Le Biou d’Or décerné à la manade Bilhau en 1954 pour sa Grande Royale.
Le Biou d’Or décerné à la manade Bilhau en 1954 pour sa Grande Royale. Cyril Daniel

Si avec ses taureaux royaux (Garri, Rousti, Poète, Carretié, Sultan et Janot) quelques noms sortent d’un côté ou de l’autre, c’est dans les spectacles de « taureau piscine », dont il fut d’ailleurs le précurseur, qu’Émile Bilhau va se spécialiser. Il ira jusqu’à avoir un contrat avec Guy Lux pour fournir les bêtes lors des émissions d’Intervilles.
Jean-Marie Bilhau,
Jean-Marie Bilhau, Cyril Daniel

Jean-Marie prend la relève
Au début des années 80, à la suite de son père, (qui va décéder le 4 septembre 1993) Jean-Marie va prendre en main l’exploitation et développer, grâce à ses relations, le côté économique. Le domaine va être (et l’est encore de nos jours) fréquenté par le show-business, des personnalités politiques de tous horizons et par des entreprises (et pas des moindres) pour de grandes journées camarguaises. Jacques Chirac, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo, Alain Juppé, Emmanuel Macron ou encore Léo Ferré, Michel Delpech, Bernard Pivot et plein d’autres y sont passés.
Assis dans son fauteuil, dans l’épicentre du musée dédié à son père, Jean-Marie Bilhau, très courtois mais sans langue de bois se souvient du passé et des discussions, « parfois tendues avec ses confrères manadiers, dont par correction et reconnaissance, je tairai le nom » dit-il.
Dehors, les arbres ont perdu leurs feuilles, le ciel est bas alors qu’à l’intérieur des pièces du musée Émile Bilhau, l’âtre flamboie, Moment propice avec Jean-Marie non loin, pour se plonger dans l’histoire de cette manade emblématique de Camargue. Tout commence par un cadre, sorte d’arbre généalogique des 5 générations de la famille Bilhau. De nombreuses photos en passant par les affiches de films où il fut figurant. Il y a même sa première selle qui ne demande qu’à être enfourchée. La pièce suivante nous mène dans les années 50, années de la gloire avec cette fameuse Royale. L’absence du Trophée du Biou d’Or nous interroge ? « Non il n’est pas là ! La fierté de notre élevage est à la maison, nous irons le voir tout à l’heure ». Les affiches de la Royale couvrent les murs entre les photos d’abrivado, dont celle des 100 taureaux (en un seul lot) sur les boulevards Nîmois « et sans barrière » relève Jean-Marie. Tant de souvenirs, de bons moments que les nouveaux propriétaires de cet élevage riche de 86 ans d’histoire nous retracent avec passion.
Une nouvelle ère
En début d’année 2025, Jean-Marie Bilhau décide de vendre son domaine à sa fille Magali et son gendre Marc Linsolas. C’est une ère nouvelle dans la continuité qui s’ouvre alors pour l’élevage saint-gillois. Jusqu’alors « frustré de ne plus avoir de taureaux aux qualités leur permettant de fouler les pistes », Jean-Marie espère en voir d’ici 4 voire 5 ans. En effet, « Si les origines Bilhau sont encore présentes parmi les bêtes qui pâturent » nous confie Marc, « j’ai apporté de nouveaux sangs avec l’achat de vaches d’origine Des Baumelles et j’espère, mais on prendra le temps qu’il faudra, faire retrouver à la manade le chemin des arènes ». Les activités de la manade pour l’instant sont la location du site ainsi que les spectacles en association avec Magali et Christophe Perrin (Voltéo) qui lui permettent de passer les frontières de la France. « Nous continuons à faire quelques abrivados, mais pas ici. Pas dans notre Région où il faut sans arrêt s’attraper avec des personnes qui ne nous respectent pas toujours. Dans ma vie personnelle comme dans le travail, je suis un perfectionniste. Les amateurs dont nous avons besoin au quotidien le savent et doivent s’adapter s’ils veulent rester chez moi, enfin chez nous car on travaille en famille » se confiera fièrement Jean-Marie sans aucune prétention. À Magali et Marc, qui se sont absentés un instant pour une visite des lieux de le confirmer à leur retour.

« Être manadier est une passion, une passion dans laquelle il faut garder les yeux ouverts et les pieds sur terre » disait Émile Bilhau. Et quand on prend un petit bout de temps pour visiter les installations, discuter avec les maîtres de lieux, on se rend vite compte que ces paroles ont été entendues.

La relève dans les prés du domaine d’Estagel.
La relève dans les prés du domaine d’Estagel. Cyril Daniel

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