Salon Millésime Bio à Montpellier : structuration, résilience, popularité auprès des jeunes… Pourquoi le vin bio tire son épingle du jeu en Occitanie
La 33e édition du Salon international du vin bio renvoie le reflet d’une filière d’excellence, dont la production a doublé en six ans. Une issue de secours pour une profession particulièrement sinistrée ?
Comme un rayon de soleil dans le verre après des semaines de grisaille dans le ciel et dans les cœurs. Et s’il faisait "bio" sur le monde de la vigne ? Le salon professionnel Millésime Bio, qui a ouvert sa 33e édition ce lundi 26 janvier au Parc des expositions de Montpellier-Pérols, veut y voir une réalité plus qu’une impression.
Alors que la Région Occitanie soutient l’évènement de longue date, sa présidente, Carole Delga, ne pouvait que rappeler son attachement à la filière à l’heure d’inaugurer le salon : "C’est le premier salon des vins bios au monde, avec plus de 1400 exposants. C’est capital d’avoir des contrats et du chiffre alors que la consommation de vin augmente dans le monde. C’est un bel outil de mise en avant de la structuration de la filière qui dégage de l’énergie dans un moment où le secteur du vin connaît des difficultés."
Du "sur-mesure" dans les parcelles
L’occasion pour l’élue de rappeler que la Région a investi depuis 2016 plus de 10 millions d’euros par an pour accompagner les viticulteurs, auxquels s’ajoutent 5 millions d’euros sur trois ans dans le cadre du contrat de filière.
Arrachage : la mise en garde de Carole Delga
En visite ce lundi sur le salon montpelliérain, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, a mis en garde contre un arrachage excessif des vignes alors que l’État a annoncé un financement de 130 millions d'€ pour une nouvelle campagne d’arrachage, en réponse à la surproduction.
"Il faut faire attention de ne pas se lancer dans de trop gros plans d’arrachage, a-t-elle alerté, parce qu’à l’échelle mondiale la consommation ne baisse pas. Il y a de plus en plus de gens qui ont envie de goûter du vin. Quand la reprise sera là en France et dans le monde, que les vignerons soient présents. Il faut être très attentifs à notre capacité de production. Ne pas avoir un arrachage net négatif."
Lors de la campagne 2025, la région avait perdu un total de 14 794 ha de vignes, soit 7,2 % du vignoble de l’ex-Languedoc-Roussillon Et le sondage réalisé l’été dernier a estimé que sur les quelque 35 000 hectares potentiels qui pourraient être sacrifiés en 2026, plus d’un tiers (11 821 ha) se situent encore en région.
"Face à une situation complexe, crise de la production et de la consommation, il faut proposer de nouveaux produits mais ne pas choisir de solutions radicales sur lesquelles on ne puisse pas revenir, a martelé Carole Delga. Je défends auprès du gouvernement une aide à l’arrachage sur des volumes limités mais aussi de l’aide à la transition et à la replantation avec des cépages résistants."
La sécheresse, le manque d’eau, le changement climatique dans son ensemble : le vin bio "n’y échappe pas", reconnaît Jeanne Fabre, vigneronne dans l’Aude et présidente du salon. "L’avantage en bio, c’est que les vignerons passent énormément de temps dans leur parcelle. Un tiers de main-d’œuvre en plus que sur une exploitation traditionnelle. Beaucoup de vignerons sont allés plus loin, dans l’agroforesterie notamment, en plantant des arbres, en respectant les courbes de niveau pour garder l’eau dans les terres, en étant soucieux du sur-mesure dans chaque parcelle. Au-delà d’être un lien de rencontre entre producteurs et acheteurs, le salon se veut une caisse de résonance de toutes ces bonnes pratiques."
30 % des exploitations en Occitanie
Car le bio est sorti depuis des années d’un certain effet de mode qui demandait confirmation. Il représente désormais près de 25 % de la surface cultivée et 30 % des exploitations en Occitanie, et une production qui a doublé en 6 ans. Une progression qui marque le pas depuis 2025, sous l’effet de la baisse de consommation globale en France.
"On a un effet palier qui est normal, tempère Jeanne Fabre. Quand l’offre devient abondante, il faut qu’elle trouve son marché qu’il y ait une régulation. Je suis confiante car les nouvelles générations vont vers le bio spontanément. Le vin traverse une crise de la consommation mais le bio tire plutôt mieux son épingle du jeu."
Deux fois plus de bio que dans la filière légumes
Preuve que la filière est en avance sur d’autres, le bio représente désormais 20 % du vignoble français contre seulement 9,5 % des légumes et 5 % des céréales. Une évidence qui, en Occitanie, puise sa source dans les racines de l’originalité et d’un esprit un peu visionnaire.
Engagement militant et pionnier
"Nous sommes même la première région agricole de bio en général, rappelle Jeanne Fabre. Il y a notre climat merveilleux, qui protège un peu des maladies. Il y a aussi un fort engagement militant, pionnier, qui porte cette tendance depuis des années. Derrière, il y a tous les bénéfices pour les nappes phréatiques, l’environnement."
Vigneronne d’une 17e génération à Luc-sur-Orbieu, elle sait de quoi elle parle. Et comme un miroir de ce monde attentif à son environnement, le salon privilégie cette multitude de petits stands en bois recyclés chaque année, bannissant au maximum le plastique.
40 % de ventes à l’export
Une chaleur intimiste qui favorise le rapprochement entre les vignerons et les 10 000 acheteurs, pour 40 % venus de l’étranger, mais aussi une grosse proportion de cavistes, hôteliers, restaurateurs, "véritables ambassadeurs de nos vins".
Séduire la grande distribution
Surtout, le potentiel du bio réside dans son énorme marge de progression dans la grande distribution, où il écoule actuellement à peine 8 % de sa production. "On n’a pas réussi à s’entendre encore mais on y travaille activement avec interbio Occitanie et des acteurs engagés pour rémunérer le producteur bio justement tout en mettant ses produits en rayons."
Le tout en se mettant au goût du jour et des modes émergentes comme celle des vins légers, qui ont leur espace, jusqu’à ce mercredi 28 Janvier, sur le salon. "L’essentiel est d’être à l’écoute du marché pour voir si une mode se transforme en véritable tendance de fond, conclut Jeanne Fabre. On ne sait pas quelle sera l’ampleur du phénomène, mais on se prépare à y répondre."




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