Séries d’accusations pour un accusé en série, Kamel Traidia jugé pour tentative de meurtre : "je suis l’arbre qui cache la forêt"

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  • Comme la semaine dernière, Mes Derouiche et Harmach défendent l’accusé.
    Comme la semaine dernière, Mes Derouiche et Harmach défendent l’accusé. HOCINE ROUAGDIA
  • Christian Pasta préside la cour d’assises.
    Christian Pasta préside la cour d’assises. HOCINE ROUAGDIA
Publié le , mis à jour

Kamel Traidia comparait pour la troisième fois devant une cour d’assises. Au démarrage de son procès pour tentative de meurtre à la galerie Wagner le 19 octobre 2022, il a choisi de garder le silence avant de finalement se raviser. Pour lui, les cerveaux et les commanditaires sont ailleurs. La cour fait une plongée dans le narcotrafic, son organisation, ses lieutenants et ses trahisons. Édifiant.

Séries d’accusations pour un accusé en série qui comparaît pour la troisième fois devant la cour d’assises du Gard. Cette fois, il est jugé pour avoir trempé dans une tentative de meurtre à Pissevin le 19 octobre 2022. Un étudiant en pharmacie, totalement étranger au trafic de drogue, a été gravement blessé par un tir d’arme de poing, galerie Richard Wagner. Mauvais endroit au mauvais moment.

Ce lundi 26 janvier, le procès pour tentative de meurtre vient à peine de démarrer ce lundi devant les assises du Gard. Une juridiction qu’il a déjà côtoyée la semaine dernière, la cour d’assises spéciale devant laquelle il a comparu pour meurtre en bande organisée. Il a été condamné à 25 ans de réclusion pour complicité de meurtre en bande organisée. Il a relevé appel et il est donc présumé innocent pour cette affaire de janvier 2021.

Pour son implication dans la tentative de meurtre à la galerie Wagner à l’automne 2022, le procès est prévu durant trois jours.

Silence, déclarations, répondre aux questions

Les avocats de l’accusé viennent de remonter des geôles où Kamel Traidia se trouvait. Le quadragénaire est escorté dans le box par les surveillants pénitentiaires.

Le président Christian Pasta effectue les formalités d’usage et interroge l’accusé sur son identité. Vous êtes bien Kamel Traidia ? "Je suis l’arbre qui cache la forêt", répond le quadragénaire. Le président l’informe de ses droits à faire des déclarations, répondre aux questions ou de garder le silence. "Je garde le silence", répond ce Nîmois de 42 ans. La bâtonnière, Me Khadija Aoudia monte au créneau et dénonce le refus de visa qui n’a pas permis à son client d’assister à son procès en tant que victime. L’étudiant en pharmacie sera représenté mais absent du siège des parties civiles. Il n’a visiblement pas été autorisé à venir du Maroc le temps de l’examen de l’affaire.

Finalement alors que le président Pasta vient de réaliser la synthèse de l’enquête, l’accusé sort de son silence et réfute toutes les accusations. Il explique que la thèse d’une tentative de meurtre visant un des patrons du point de deal de Pissevin ne tient pas. "Je travaillais avec lui la semaine d’avant".

Selon l’accusé, il voulait seulement voler le contenu d’une cargaison de 5 kg de cannabis contenue dans une voiture. Le profil de l’accusé n’est pas flatteur avec 11 condamnations et un goût prononcé pour taper de la coke et péter les plombs.

Selon l’expert psychiatre, "une personnalité anti-sociale"

Au premier jour d’audience, on apprend au travers de l’enquête de personnalité que l’accusé a beaucoup de consommé de drogue, cannabis et cocaïne, avec une propension à enchaîner les rails de coke, les soirées en boîte, les infractions, pas moins de onze avec des violences qui démarrent assez jeune. Il évoque aussi le temps où le trafic de drogue permettait aux dealers de travailler sans la dépendance d’un réseau. "À l’époque, chacun était son propre patron’’, dit l’enquêteur de la personnalité en restituant l’entretien avec le quadra. La psychologue, également entendue ce lundi, évoque à nouveau les problèmes d’addiction à la cocaïne. Pour sa part, l’expert psychiatre, le docteur Layet a retenu "une personnalité anti-sociale et un mépris des normes, peu d’accès à la culpabilité et à l’empathie".

Le tireur se trompe de cible : un parrain de la came dans le collimateur ?

Pour sa part, la directrice d’enquête de la police judiciaire de l’antenne de Nîmes, a d’abord expliqué à la cour et aux jurés que les faits s’étaient déroulés dans un contexte de rivalités entre trafiquants de Pissevin et du Mas de Mingue. Elle a aussi rappelé les tensions deux familles pour s’accaparer le marché de la drogue dans le secteur : le clan L. et le clan A. L’enquête aurait montré un certain ‘‘Djil’’ comme étant la cible d’un meurtre avorté qui s’est soldée par un homme grièvement touché par une balle de pistolet automatique. Mais rien à voir avec la came, il s’agissait d’un étudiant en pharmacie qui rentrait de la mosquée, un brillant étudiant qui était rentré d’Ukraine (à cause de la guerre) où il faisait ses études et ne connaissait presque personne à Nîmes. Gravement blessé au thorax et à la tête, il n’était pas présent hier à l’audience, son avocate Me Aoudia, a dénoncé publiquement qu’il n’ait pas obtenu de visa pour assister à son procès en tant que victime.

La directrice d’enquête de la PJ de Nîmes cette après-midi a restitué le résumé de l’affaire. Tensions entre trafiquants, guerre de territoires, trahisons, alliances, elle a détaillé le contour de l’affaire étayé par plusieurs écoutes téléphoniques.

Ils utilisent Signal sur le portable d’une sorte de nourrice

La policière a révélé que le 19 octobre 2022, cet homme a été visé par des tirs d’un individu qui l’a mis en joue sans un mot. Puis il a filé dans la nuit s’engouffrant dans le labyrinthe de la galerie Wagner. À la barre, une témoin explique que les protagonistes du dossier utilisaient son portable avec l’application Signal. Elle confirme avoir dit à l’un des comparses de Traidia en novembre 2022, qu’il fallait qu’il ramène une ''guitare'' (surnom employé dans le banditisme pour désigner une Kalachnikov)… L’accusé était à côté d’elle et au téléphone elle répétait les instructions données par le quadragénaire. Interrogé sur la guitare, l’accusé aurait répondu qu’il parlait d’instrument de musique… Le président aborde des éléments de procédures qui retiennent des connexions entre Pissevin et Saint-Tropez.

"Vous avez peur ?"

La témoin fait figure de cabine téléphonique, sorte de nourrice, et a reçu des trafiquants chez elle mais elle assure quand ils venaient chez elle, ils allaient dans une autre pièce pour qu’elle n’entende rien. À l’audience, ce lundi, elle a la mémoire qui flanche. Du coup, le président lui rafraîchit la mémoire en lui lisant une écoute téléphonique dans laquelle elle semble très au courant des agissements des trafiquants. L’écoute démontre qu’elle savait qu’il y avait eu erreur sur la personne et que le projet criminel visait "Djil ou Djillali" et que Alek devait le liquider. "Vous avez peur ?", demande le président.

"Il jouait de la musique ?" : "pas à ma connaissance"

Elle répond hésitante : "Non". Kamel jouait de la musique ? "Pas à ma connaissance". La thèse de la guitare tombe à l’eau, celle de la Kalach remonte. Comme le rôle de Traidia clairement désigné comme le "Monsieur sécurité" du réseau de Pissevin selon les déclarations de la témoin. "Finalement vous savez beaucoup de choses pour quelqu’un qui ne sait rien", observe le président. Me Aoudia interroge cette dame sur la nature des relations qu’elle avait avec l’accusé. Il s’agissait de relations amicales et sentimentales, répond en substance cette Nîmoise qui hébergeait deux acteurs de l’affaire, l’accusé et alek, son ami de l’époque.

L’avocate générale Louisa Aït Hamoui la questionne encore sur sa déclaration de l’époque durant l’enquête. Elle avait dit que l’accusé avait bel et bien assuré la sécurité du réseau "pendant une semaine".

Synthèse claire, méthodique, précise de l’enquêtrice de la PJ

L’enquêtrice, claire, méthodique, précise, a aussi révélé que des enquêteurs de Montpellier qui avaient lancé des écoutes sur une autre affaire et avaient intercepté une conversation entre des proches de Traidia révélant le projet de meurtre dans ce secteur dont le nom des rues qui portent le nom de grands compositeurs : Lulli, Puccini, Wagner. Mais pour l’accusé cette partition criminelle ne le concerne pas. Il n’est ni musicien ni compositeur. Tout juste un ancien dealer et toxicomane. Pour autant, la veille et le jour des faits, l’accusé téléphone à un interlocuteur et les écoutes montrent des préparatifs, le point de passage d’un individu désigné comme la cible du meurtre. Le soir du tir, parle à petit rho’’ (alias Alek Hsain) et lui donne des détails sur le lieu et que la cible portait un sac à dos. Ironie ou fatalité de la guerre du stup, ''petit rho'' a été exécuté en janvier 2023. Les coups de fil échangés ? Il avoue qu’il voulait voler 5 kg de cannabis pas flinguer un homme.

Le président Pasta demande à la policière le contexte des patrons du réseau. Elle explique qu’à l’époque et depuis 2021, c’est extrêmement tendu, les plus jeunes trafiquants voulant prendre le pouvoir sur l’ancienne génération avec des luttes intestines terriblement fortes et des alliances (et des trahisons) qui peuvent se défaire très vite au gré des coalitions.

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