Viols conjugaux, sexe et vidéo : aux assises du Gard, une gendarme accuse son mari, dans un procès aux faux airs d’affaire Pelicot
Face aux dénégations de l’accusé, la cour plonge dans l’intimité d’un couple, dans cette enquête où la soumission chimique a été in fine écartée. Le verdict est attendu tard, ce mercredi 4 février au palais de justice ce Nîmes.
"Il fait ses propres films pornos avec moi sans que je le sache." En 2020, Ingrid, gendarme dans le Gard et mère de deux enfants, explique au psychologue qui l’expertise le sentiment de dévastation qui l’habite.
Le 21 novembre 2019, au commissariat de Nîmes, cette blonde sculpturale a déposé plainte contre son mari pour viols, harcèlement et atteinte à l’intimité : elle a réalisé, après s’être séparée de son époux et avoir pris un amant, que la sexualité de leur couple, après plus de vingt ans de vie commune, avait complètement déraillé.
Il y a ces dizaines de vidéos de leurs ébats, restaurées après avoir été effacées des ordinateurs familiaux, la plupart tournées à son insu. "Je n’avais accepté que deux fois qu’on se filme" a-t-elle expliqué pendant l’enquête. Et d’autres où elle apparaît totalement inerte pendant que son mari se repaît de son corps.
Des faits antérieurs à l’arrestation du septuagénaire de Mazan, en septembre 2020
Une épouse inconsciente, des actes sexuels filmés en cachette par un mari : bien qu’antérieurs à l’arrestation de Dominique Pelicot, en septembre 2020 pour l’affaire des viols de Mazan, la question d’une éventuelle soumission chimique conjugale se pose.
Lori Aichouba, 46 ans, qui comparaît depuis ce mardi 3 février devant la cour d’assises du Gard, n’est pourtant plus poursuivi de ce chef : l’enquête n’a pu établir qu’il a sédaté sa femme pour abuser d’elle.
Et sur le fond, il conteste un quelconque dérapage sexuel, affirmant que tout était consenti : "Ça s’est passé, mais je nie avoir commis des viols" dit cet employé de la mairie d’Alès, qui comparaît libre, après avoir passé deux mois en détention provisoire, en 2020.
"Elle m’avait autorisé à faire ça" jure l’époux
"Ça m’arrivait de lui faire l’amour quand elle avait trop bu mais elle m’avait autorisé à faire ça", a-t-il précisé au psychologue. "Il réaffirme qu’il était sur un consentement tacite, que communauté de vie égale communauté de lit, parce que quand on est marié, on est amené à disposer mutuellement du corps de l’autre" rapporte à son tour le psychiatre.
Le docteur Nicolas De Carolis exclut toute pathologie, écarte même "un fonctionnement pervers". Et avoue sa perplexité.
"Cette question d’un rapport sexuel avec un sujet inerte a été longtemps absente de l’esprit collectif, et émerge avec une certaine actualité. Mais que doit-on penser d’une femme qui pratiquerait une fellation sur son mari endormi, qui auparavant n’aurait pas donné explicitement son accord ? J’ai aussi des femmes qui viennent me voir parce qu’elles se livrent à des pénétrations digitales sur leur conjoint endormi. Cela veut dire que beaucoup de gens que j’ai en consultation devraient peut-être se trouver ici. Aujourd’hui, la situation pour moi en tant que psychiatre est extrêmement complexe."
Ingrid a hésité face à l’épreuve d’un procès public
Les experts ont exclu toute affabulation chez Ingrid, notant au contraire "un profond sentiment d’humiliation, de trahison, une atteinte à l’image de soi", d’autant que le couple avait toujours pratiqué une sexualité très active, et qu’elle ne refusait rien à son mari.
Après avoir longtemps hésité face à l’épreuve d’un procès public, elle s’est résolue à l’accepter, n’exigeant le huis clos que pour sa déposition et celle de ses enfants. Deux adolescents qui font bloc avec leur mère, face à un père avec qui tout contact est rompu depuis six ans.
Elle risque d’être mise sur le gril par la défense : elle a reconnu avoir vu une vidéo tournée à son insu en 2014, sans avoir réagi, et travaillait dans une brigade spécialisée sur les violences conjugales et sexuelles, ce qui peut interroger sur son absence de prise de conscience.
Autre temps fort attendu de l’audience : la diffusion des vidéos, qui risque d’être déterminante, dans ce procès atypique. L’accusé risque vingt ans de réclusion criminelle : verdict ce mercredi 4 février, sans doute tard.

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