Au Centre d’art contemporain de Nîmes, la gauchère Marion Cachon revendique la maladresse dans un monde déséquilibré

  • Marion Cachon réfléchit au potentiel critique d’un geste gaucher.
    Marion Cachon réfléchit au potentiel critique d’un geste gaucher. - S.C.
Publié le , mis à jour

Avec un œil et une main de gauchère, la graphiste Marion Cachon explore de façon artistique un monde de droitier au Centre d’art contemporain de Nîmes.

Marion Cachon est graphiste. Elle est aussi gauchère, ce qui n’a pas été simple… Avec son exposition au Centre d’art contemporain de Nîmes (CACN), elle présente une recherche au long cours, ludique et stimulante intellectuellement. "En tant que graphique, je me suis trouvée confrontée à des problèmes d’écriture, notamment l’utilisation de la plume. J’ai eu envie d’un mode calligraphique qui assumerait le geste gauche", explique l’artiste, qui s’est d’abord intéressée au vocabulaire et à cette association des mots "gauche" et "maladroit" alors que la "dextérité" est liée à la "droite".

Dans cette démarche, destinée à donner naissance à un livre en cours d’écriture, elle creuse l’histoire des représentations littéraires, artistiques, religieuses, ce temps long qui stigmatise les gauchers. Dans une salle obscure, comme la chambre d’adolescente où elle a commencé à réfléchir à la question, Marion Cachon accumule les exemples. Eve cueille la pomme de la main gauche. Dans les grottes pariétales, les mains négatives sont les gauches, les mains positives sont les droites. Au tympan des églises, l’enfer et la tentation sont à la gauche du créateur. Mais quand le pianiste Paul Wittgenstein perd son bras droit à la guerre, Maurice Ravel lui écrit un Concerto pour la main gauche. Et c’est dans les lignes de la main gauche, que les chiromanciennes lisent l’avenir.

"Une recherche souterraine"

Dans cette "recherche souterraine", Alice au pays des merveilles tient un rôle particulier. Lewis Carroll était un gaucher contrarié, également bègue probablement à cause de cette contrainte. L’imagination débordante du roman déborde de détails gauchers. Et dans son accrochage, Marion Cachon a choisi de jouer avec le côté labyrinthique du CACN, pensé "comme la maison déroutante du lapin".

Elle montre les écritures en miroir, les mains tordues pour s’adapter aux outils, les coudes qui se cognent, les ratures, les aspérités. La peinture lui a permis de s’échapper. "Quand je me suis mise à peindre, le pinceau m’a libérée de la ligne, m’a permis d’utiliser les tâches", poursuit l’artiste, qui s’intéresse aussi aux palindromes, ces phrases qui peuvent se lire dans les deux sens et qui lui évoque la symétrie du papillon.

Graphiste, Marion Cachon a poussé sa quête jusqu’à l’invention d’une nouvelle calligraphie, qui "permet d’utiliser la plume de la main gauche", avec les pleins et les déliés, les arabesques et une beauté à la fois étrange et élégante. "Cela donne une idée du trouble que vit un gaucher dans un monde de droitier".

Jusqu’au 17 avril. Mercredi au samedi, 11 h-18 h. Centre d’art contemporain CACN, 4 place Roger-Bastide, Nîmes. Entrée libre. 06 59 93 21 22.
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Les commentaires (2)
Apreturier30 Il y a 5 jours Le 31/01/2026 à 09:35

que faut il penser des écoliers gauchers à qui les instituteurs imposent d' écrire de la main droite dès le cours préparatoire ?

Robert lingot Il y a 5 jours Le 31/01/2026 à 09:50

Ca, c était il y a plus de 60 ans... vous dormiez depuis ?