Colère des agriculteurs à Paris : "On n’a pas dormi de la nuit mais on sait pourquoi on est là"… le témoignage de Raphaël, jeune éleveur lozérien
Parmi les centaines d’agriculteurs présents ce jeudi à Paris pour manifester, le périple d’une dizaine de Lozériens et un "rescapé" aveyronnais, seul tracteur à rallier l’Assemblée nationale.
Des tracteurs place de l’Étoile, des dizaines de bonnets jaunes devant l’Assemblée nationale pour chahuter la présidente de l’hémicycle, Yaël Braun-Pivet… Un parfum de révolution venu de la campagne flottait sur la capitale ce jeudi. Preuve qu’après une trêve pendant les fêtes, les agriculteurs ne veulent plus se contenter de paroles dans le vent et sont prêts à semer eux-mêmes la tempête que le gouvernement risque fort de récolter.
Parmi les délégations de la Coordination rurale montées de la France profonde, une dizaine de Lozériens de la CR 48.
Batteries de téléphones déchargées
"Nos six tracteurs partis mardi matin ont mis deux jours pour monter mais ont été bloqués au sud de Paris. Nous, nous sommes montés en voiture et nous avons pu nous rendre à pied jusqu’à l’Assemblée, raconte Raphaël Brunel. Il n’y a pas eu de problème avec les forces de l’ordre nous concernant, c’est plutôt sage. Par contre, on est allés chercher des collègues du Lot-et-Garonne place de l’Étoile, où leurs tracteurs avaient été bloqués. C’est un peu galère. On n’a plus de batterie sur les smartphones à force d’utiliser les GPS entre deux stations de métro.…"
Le jeune homme aide son père sur l’élevage familial de vaches aubrac, à Saint-Paul-Le-Froid. "Je travaille à l’extérieur et je donne un coup de main le soir et le week-end, explique-t-il. Mon projet c’est de reprendre l’exploitation mais c’est un peu compliqué vu le contexte."
Au cœur des revendications, l’abandon de l’abattage systématique des troupeaux en cas de foyer de dermatose nodulaire et la non-signature du traité de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur.
L’accumulation de problèmes ne permet pas à Raphaël de se projeter sereinement. Voilà pourquoi sa voix se mêle à celle des plus anciens, écrasés par les charges et les lourdeurs administratives : "On nous fait abattre des bêtes pour une maladie que je trouve bénigne. Il y a ça, le Mercosur et tout le reste. On est contrôlés de longue, on veut se faire entendre, tout le monde fait les sourds. C’est très compliqué. Il n’y a pas assez d’actes. Surtout quand on leur démontre par A plus B qu’ils font n’importe quoi. Ils n’écoutent rien."
L’Aveyronnais qui a semé les gendarmes en tracteur
Jeune héros du jour dans le camp des militants, l’Aveyronnais Tomy Pradel, le seul à avoir amené son tracteur jusqu’à l’Assemblée nationale. Le Ruthénois a raconté à franceinfo comment, bloqué mercredi à Melun, il avait semé les gendarmes à travers champs. Après avoir dormi deux heures dans son tracteur "caché dans un bois", il a repris la route au petit matin "sans éclairage pour ne pas me faire repérer".
Le président de la CR Aveyron, Éloi Nespoulous, a eu moins de chance, arrêté mercredi soir à Nemours puis placé en garde à vue pour rébellion avant d’être libéré ce jeudi, selon Centre Presse.
"On va voir comment ça évolue"
Dans l’après-midi, des représentants syndicaux ont rencontré les présidents de l’Assemblée et du Sénat. L’occasion d’appeler de leurs vœux le vote d’une loi spéciale avant mai pour apporter des réponses et aussi le vote d’un budget 2026 pour permettre le versement d’aides promises, notamment aux viticulteurs. Des annonces ministérielles étaient espérées dans la soirée.
La coordination prévoit-elle de s’installer durablement sur Paris ? "Je ne sais pas, répond Raphaël. On va voir comment ça évolue. On n’a pas dormi de la nuit pour monter. Mais on sait pourquoi on est ici."

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