De Nîmes à Damas, regards sur la ville, ses blessures, ses attentes à la galerie NegPos

  • Damas, un temps à l’arrêt avant l’explosion.
    Damas, un temps à l’arrêt avant l’explosion.
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La galerie photo NegPos présente le cycle d’expositions "Les Villes Invisibles" à Nîmes.

Avec la nouvelle édition des Villes Invisibles, la galerie NegPos creuse un sillon inépuisable et toujours aussi passionnant autour des questions urbaines. Jean-André Bertozzi a séjourné à Damas, au début des années 2000, avant les printemps arabes. Il était parti pour enseigner et son séjour sur place s’est transformé en parcours initiatiques. Les photos qu’il présente à la galerie du Nemausus donnent à voir un pays, sur le seuil, juste avant la tragédie.

Le drame, lui, l’a vécu juste avant de partir. C’est les yeux pleins de larmes qu’il prend l’avion pour la Syrie. "Damas ? Saint Paul, bien sûr. Perdre la vue dans le désert, une apparition, la recouvrer en buvant l’eau de Damas. Le désert de montagnes et la ville à découvrir au beau milieu. J’étais loin d’imaginer ce que serait mon propre chemin de Damas", se souvient l’artiste, quand il pense à ce départ.

Il est facile de relire les images en sachant ce qui va se passer ensuite. Néanmoins, c’est bien un pays figé qu’il présente, un temps arrêté, des couleurs éteintes. Il est quasiment impossible à œil contemporain de dater la moitié des photos accrochées. Et d’ailleurs, depuis 2004, le temps et les bombes ont tout effacé. Étrange sensation… "Ce Damas en paix, je ne le reverrai jamais. Seules ces photos me disent que je l’ai vu, que je n’ai pas rêvé, qu’il a vraiment existé. J’ai marché des journées entières dans ces rues", écrit, nostalgique, Jean-André Bertozzi.

Ville déglinguée, espaces abandonnés, chantiers inachevés voisinent avec des détails, des petits instants légers, des statues d’Assad père, des vestiges. Tout semble flotter, dans un monde dépeuplé, aride et en transition.

À travers Nîmes en chantier

Le cycle se poursuit à la faculté d’éducation avec les Nîmois du groupe Regards sur la ville qui depuis bientôt 30 ans documente chaque année l’évolution de Nîmes. Cette année, les amateurs éclairés se sont intéressés aux chantiers, chacun avec un regard singulier.

Avec la série Dernière séance, Chantal Auriol photographie l’espace laissé vacant par la destruction du cinéma le Forum. La chute des tours Matisse est immortalisée par un noir et blanc charbonneux par Jocelyn Banabera ou avec une curiosité pour ce qui est rejeté par Gwénaëlle Bourriaud. À découvrir également, les mobilisations contre l’urbanisation des garrigues par Sarah Malclès ou L’obsolescence programmée d’une mémoire collective par Yann Roubeau, qui s’intéresse aux locaux abandonnés de la Sernam. Eric Ribot déconstruit l’architecture en en photographiant les reflets pour arrondir les angles.

Des photos de la Sernam par Yann Roubeau.
Des photos de la Sernam par Yann Roubeau.

En contrepoint, Fabrice Jurquet s’intéresse à la carrière de Barutel, d’où sont sorties les pierres qui ont servi à construire certains monuments romains et qui continue à servir pour leur restauration. Les parties exploitées par les Romains dévoilent un charme romantique, où se mélangent les traces de vie, celles des tailleurs de pierre d’antan et celles des graffeurs d’aujourd’hui…

Enfin, Les Villes Invisibles s’achèvent avec les photographies du quatrième concours ArtXiNim, dans au NegPos MakerSpace de Valdegour. Cette année, la thématique était l’urbex, cette passion secrète de photographes qui s’immiscent dans les lieux abandonnés. Le lauréat Misa Ato dévoile une série intrigante. L’artiste additionne deux prises de vues, l’un en basse lumière, l’autre en haute lumière. Cela lui permet d’accumuler les détails dans les deux situations, offrant un regard inédit très contrasté, un décalage troublant dans la perception du réel.

L’exploration se poursuit avec plusieurs photographes du groupe Regards sur la ville ou les images de Claudine Costa-Pioch et ses fragments fragiles, mémoires enfouies et silences poétiques.

Jean-André Bertozzi, jusqu’au 31 janvier, NegPos Fotoloft, Nemausus. Regards sur la ville, jusqu’au 6 février, faculté d’éducation, 62 rue Vincent-Faïta. ArtXiNîmes IV, jusqu’au 31 mars, NegPos MakerSpace, 36 promenade Newton, Nîmes. Entrée libre. 09 75 20 95 89.
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