Un ancien meilleur grimpeur du Tour de France éclaboussé par de sordides affaires d’assassinats

  • Ancien vainqueur du Tour d’Espagne, notamment, le Colombien"Lucho" Herrera dans la tourmente. Ancien vainqueur du Tour d’Espagne, notamment, le Colombien"Lucho" Herrera dans la tourmente.
    Ancien vainqueur du Tour d’Espagne, notamment, le Colombien"Lucho" Herrera dans la tourmente. EFE_FILES - Mondelo
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Midi Libre avec AFP

La légende colombienne du cyclisme Luis "Lucho" Herrera, qui fait la fierté de tout un pays, sera entendue vendredi 6 février par la justice dans le cadre d’une sordide disparition de quatre paysans en 2002, durant la pire période du conflit colombien.

L’AFP a rendu visite dimanche aux proches des disparus à Fusagasuga, simple hameau agricole, à environ 75 kilomètres de Bogota, d’où est originaire Luis Herrera, vainqueur du Tour d’Espagne 1987, ex-grimpeur aux trois victoires d’étape dans le Tour de France.

Ils se souviennent de cette terrible nuit de la disparition de Diuviseldo Torres, Gonzalo Guerrero et des frères Víctor Manuel et José del Carmen Rodriguez. D’avoir vu ce 4x4 descendre la route escarpée menant à leurs maisons et de ces hommes se revendiquant du DAS, les services de renseignements de l’époque. Otilia Torres, sœur de Diuviseldo, raconte sa peur lorsqu’ils ont "sorti leurs armes" et ont emmené son frère, 28 ans à l’époque, pour soi-disant répondre de vol.

L’an dernier, deux ex-paramilitaires ont affirmé devant la justice que l’ex-champion cycliste les avait payés l’équivalent actuel de 10 000 euros pour faire disparaître les quatre hommes car ils refusaient de lui vendre leurs terres. L’un d’eux affirme que les victimes ont été égorgées, puis démembrées à la machette.

Lucho Herrera, uno de los más grandes deportistas de la historia de Colombia tendrá que responder ante la Fiscalía por el delito de desaparición forzada.

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— Noticias Caracol (@NoticiasCaracol) January 29, 2026

La Colombie était à l’époque au paroxysme d’un conflit entre armée, guérillas d’extrême gauche, paramilitaires d’extrême droite et narcotrafiquants. Souvent financés par des éleveurs et des commerçants, les groupes paramilitaires ont assassiné des milliers de civils qu’ils accusaient de collaborer avec l’insurrection ou de commettre des délits mineurs.

On estime à au moins 135 000 le nombre de personnes disparues en six décennies de conflit armé.

Disparition forcée

Luis Herrera nie farouchement ces accusations. Selon les récits consignés dans un document judiciaire auquel l’AFP a eu accès, l’ancien champion, surnommé le "petit jardinier de Fusagasuga", soutient que les quatre paysans étaient des guérilleros qui avaient tenté de l’extorquer.

Lui aussi d’origine modeste, Lucho Herrera, 64 ans, s’est présenté volontairement en juin devant la justice. Dans un communiqué, il a nié entretenir des relations avec des groupes armés illégaux et a dénoncé une tentative de "salir" son nom.

Le parquet a ouvert la semaine dernière une enquête pour "disparition forcée", affirmant être en possession d'"éléments matériels de preuve" que les frères Herrera avaient contacté des membres d’un groupe paramilitaire afin qu’ils "emmènent contre leur volonté" les paysans.

Lucho Herrera et son frère Rafael seront entendus vendredi, et si des charges sont retenues, l’idole d’un pays fou du cyclisme pourrait être placé en détention provisoire et devenir passible de 26 à 45 ans de prison.

L’AFP avait convenu d’un entretien avec Lucho Herrera et son avocat à Fusagasuga, mais ils ont décidé au dernier moment de ne pas faire de déclarations à la presse.

Lors d’une récente marche à Fusagasuga en hommage aux disparus, de la peinture rouge sang a été jetée sur une statue rendant hommage à l’enfant du pays.

"Je n’y crois toujours pas"

"Je ne le croyais pas, et je n’y crois toujours pas, que des personnes avec autant de pouvoir et d’argent fassent ça", dit, effarée, Otlia Torres, 64 ans.

"Pour moi, c’est très triste qu’il soit impliqué, parce que ce n’est pas un étranger, c’est notre voisin", renchérit Stella Prada, 50 ans, la compagne de Gonzalo Guerrero, enceinte de leur unique enfant lors de sa disparition il y a près de 25 ans. Elle craint une bataille "inégale" devant la justice face à l’aura et la célébrité de Herrera.

La mère de Diuviseldo Torres, Hermencia Vega, serre des photos de son fils dans ses bras. "J’espérais qu’il reviendrait vivant, mais non", se lamente-t-elle.

Son corps retrouvé en 2008 avec celui de l’un des frères Rodriguez a été un soulagement, mais pas la fin de son calvaire. "J’ai été soulagée d’un côté mais… on ne se remet jamais de la disparition d’un enfant", pleure-t-elle.

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