"Je leur ai dit, chez ce monsieur Pelicot, quelque chose ne colle pas": Laurent Layet, ce psychiatre passionné par le crime et la folie

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  • Laurent Layer publie pour la première fois un livre sur ce métier si particulier d’expert psychiatre.
    Laurent Layer publie pour la première fois un livre sur ce métier si particulier d’expert psychiatre. Midi Libre - François Barrère
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Inscrit à la cour d’appel de Nîmes, il a examiné Dominique Pelicot et trente de ses coaccusés. Il a aussi dirigé l’Unité des malades difficiles, à l’hôpital de Montfavet, près d’Avignon, où sont enfermés les malades mentaux les plus dangereux, et raconte son drôle de métier dans un livre étonnant.

"Je n’arrive pas à me départir de cette image. Je suis à Carpentras, dans mon bureau, le commissariat m’appelle, ils ont arrêté un papy qui filmait sous les jupes, et l’OPJ insiste pour que je le voie. J’écoute ce monsieur m’expliquer que sa femme est partie, qu’il se sentait un peu seul, j’ai presque cru à son histoire, et quand j’ai vu son matériel sophistiqué, je leur ai dit, c’est pas possible, chez ce monsieur Pelicot, il y a quelque chose qui ne colle pas."
Il fréquente depuis 25 ans les pires criminels et les malades mentaux les plus dangereux, et n’a rien perdu de sa curiosité pour cette clientèle si particulière. Expert à la cour d’appel de Nîmes, ancien patron de l’Unité des malades difficiles (UMD) de l’hôpital psychiatrique de Montfavet, à côté d’Avignon, le docteur Laurent Layet est ce genre de type qui pour se détendre va lire les rapports écrits par ses collègues sur des meurtriers qu’il n’a jamais vus.

L’hôpital psychiatrique où Camille Claudel a fini sa vie

"C’est un travail solitaire, celui de l’expert. On est seul, seul, seul. J’aime bien lire la prose des autres, voir leur façon d’aborder les choses."
Cette passion l’a saisi à trente ans, lorsqu’après ses études de médecine à Montpellier, il a décidé un été, sur un coup de tête de faire carrière dans cet hôpital où Camille Claudel a fini sa vie.

Sa rencontre avec Yves Tirode, un expert qui y travaillait, y a été pour beaucoup. "Je suis tombé sur lui et un truc s’est passé. Il m’a dit, la psychiatrie, elle ne se fait pas dans les hôpitaux universitaires, elle se fait là. J’avais signé pour être chef de clinique à Paris, en un mois, j’ai changé tous mes plans. Après, je m’en suis mordu les doigts pendant quelques mois. À Montfavet, j’avais l’impression de ne pas être dans le même siècle."

Il y arrive en 2004, et prendra dix ans après la tête des UMD. "C’est l’équivalent pour de la réanimation, mais pour la psychiatrie. Il y a là des gens qui ont tué, qui ont commis des actes très violents, avec lesquels les services ordinaires ne s’en sortent plus, parce que leur maladie mentale s’exprime par de la violence, souvent de l’autoagressivité. À l’UMD, j’ai vu une femme s’arracher un œil avec une petite cuillère, on l’a mise sous contention, et des mois après, trois ou quatre jours après qu’on lui a enlevé les contentions, elle s’est arraché le deuxième œil. Ce sont des choses qu’on ne voit pas ailleurs. Après, on se remet en question, on se dit qu’on n’aurait pas dû la détacher, mais en même temps, on ne peut pas attacher quelqu’un à vie."

À son arrivée, "il y avait une unité de patients chroniques avec une durée moyenne de séjour de 25 ans. On s’est dit que ce n‘était plus pensable, que des malades restent là autant." Il est fier d’avoir réussi à limiter la durée de ces séjours-là. "On entend dire qu’un criminel déclaré irresponsable va se la couler douce à l’hôpital, mais ils ont moins de liberté qu’un détenu en centrale. Quand vous mettez le pied en psychiatrie, vous ne savez pas combien vous allez y rester, parce qu’on ne sait pas si on va arriver à vous soigner."

Mais il en est convaincu : "La majorité des malades mentaux ne sont pas des auteurs d’actes graves, ils sont plutôt des victimes, dans la société. Mais il ne faut pas se le cacher, il y a un petit pourcentage, de 1 à 4 %, qui associent la maladie mentale et la dangerosité. Et c’est le boulot de la psychiatrie de s’en occuper, de les détecter, de les soigner. Et si on soigne la maladie, la dangerosité diminue."

"Les crimes les plus fous ne sont pas commis par des fous"

En parallèle de son activité à l’hôpital, il parcourt aussi les cours d’assises de la région, pour éclairer les jurés sur le profil de ceux qu’ils doivent juger. "L’expertise, c’est un exercice unique en psychiatrie. On rencontre la personne, deux ou trois, et après, il faut se mouiller, alors qu’à l’hôpital, on a parfois des gens qui sont là depuis trois ans, sans un vrai diagnostic. Et puis après il faut aller défendre ses conclusions aux assises, où on peut se faire découper par les avocats et les magistrats. C’est un exercice intellectuel qui pour moi est sans pareil, entre psychiatrie, justice, sociologie, et la philosophie, pour la question de la responsabilité, de la dangerosité."

Il en tire des conclusions claires : "Les crimes les plus fous ne sont pas commis par des fous. Pelicot, qu’est-ce qu’il a de fou ?" Il a expertisé 30 des 51 accusés des viols de Mazan, et est aujourd’hui absorbé par les profils sanglants du narcobanditisme.

"Là, j’ai expertisé un jeune de 16 ans qui était tueur à gages pour la DZ mafia. Il vivait seul dans un appartement, il jouait à la play toute la journée, on l’appelait pour aller tuer quelqu’un, il allait tuer et il revenait jouer à la play. J’ai découvert une espèce de crevette avec de l’acné et une toute petite voix, mais qui était tout fier d’avoir 250 000 € sur ses comptes. L’entretien était d’un vide… Cela m’a interrogé grandement."
Un drôle d’univers, plutôt solitaire : "Je ne peux pas partager beaucoup de blagues avec les gens de mon quotidien" sourit-il. D’où sans doute cet ouvrage, où il se livre pour la première fois sur son métier. Un récit passionnant, bien écrit, et au titre sans aucune ambiguïté : Au pays des ombres.


Au pays des ombres, Dr Laurent Layet, Mareuil Editions, 21 €
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