XV de France : les Bleus jugés par Pierre Berbizier, "en novembre, j’ai eu l’impression qu’on revenait deux ans en arrière"
Les Bleus vus par cinq anciens sélectionneurs (1/5).
À moins de deux ans de la Coupe du monde 2027 en Australie, les regards se portent avec excitation sur le Tournoi des VI Nations et le choc d’ouverture France-Irlande (le 5 février), révélateur suprême pour le titre. Vainqueurs de la compétition l’an dernier, les Bleus ambitionnent désormais le Grand Chelem et, plus loin, le sacre mondial. En sont-ils capables ? Regards croisés en compagnie de cinq anciens sélectionneurs (Pierre Berbizier, Bernard Laporte, Philippe Saint-André, Guy Novès et Jacques Brunel), qui témoignent des attentes, espoirs et déceptions suscités par le XV tricolore.
France-Irlande : "Le calendrier semble favorable…"
"C’est un signe favorable d’avoir gagné l’an dernier en Irlande (27-42), qui est sur la pente descendante avec une génération ayant du mal à se renouveler. Est-ce décisif ? Ça va être un bon test pour l’équipe de France. Le calendrier lui semble favorable puisqu’elle reçoit l’Irlande et l’Angleterre, ses deux adversaires les plus forts. L’Angleterre, elle, semble monter en puissance, mais je dirais attention à l’Écosse, qui peut être l’arbitre de ce Tournoi.
Si on regarde la dernière Tournée, qui est la dernière référence, le bilan est nuancé au regard de la défaite (17-32) contre l’Afrique du Sud. J’ai eu l’impression qu’on revenait deux ans en arrière par rapport au match de la Coupe du monde. Sur un match de haute intensité, il faudra améliorer notre défense parce qu’on avait pris quatre essais, notre indiscipline et, en phase de conquête, améliorer notre mêlée. Si on arrive à régler ces points-là, alors oui, tout est permis pour l’équipe de France.
Le calendrier des Bleus
France-Irlande : le 5 février à 21 h 10.
Pays de Galles-France : le 15 février à 16 h 10.
France-Italie : le 22 février à 16 h 10.
Ecosse-France : le 7 mars à 15 h 10.
France-Angleterre : le 14 mars à 21 h 10.
Coupe du monde 2027 en Australie : 1er octobre-13 novembre.
Le retour d’Antoine Dupont ? Ce serait une erreur d’attendre qu’il nous fasse gagner. Dupont est un joueur très talentueux, mais s’en remettre uniquement à ses exploits me semble dangereux, surtout sur l’ensemble d’un Tournoi. Je crois qu’il est bon qu’effectivement, Antoine Dupont soit le plus de cette équipe et non le Messie.
Maintenant, on va voir avec quelle intensité les Irlandais vont jouer. Ils ont dominé le rugby européen avec la génération Sexton mais sont-ils encore capables d’user autant l’adversaire aujourd’hui ? Si c’est nous qui imposons notre rythme, banco."
Tournoi et Coupe du monde : "Ne pas sous-estimer l’Angleterre"
"L’idée sur ce Tournoi, c’est de regarder devant, la Coupe du monde va arriver vite. Il ne faut pas sous-estimer l’Angleterre, qui monte en puissance et semble avoir retrouvé une dynamique. Dans l’optique du Mondial, l’Afrique du Sud a démontré cet automne qu’il serait difficile de rivaliser, même s’il reste deux ans. En novembre, il n’y a pas eu photo. Si on avait pu lors de la Coupe du monde 2023 évacuer les vrais problèmes dans un débat sur l’arbitrage, là, ils nous ont été supérieurs.
Les Sud-Africains sont partout#RWC2023 | #FRAvRSA pic.twitter.com/TD6lbksn7K
— Rugby World Cup FR \ud83c\uddeb\ud83c\uddf7 (@RugbyWorldCupFR) October 15, 2023
La France est la seule nation majeure à n’avoir jamais été sacrée. On avait pourtant une énorme opportunité en la jouant chez nous. Les conditions en Australie (2027) ne seront pas les mêmes… J’espère qu’un jour on sera champions du monde."
Le jeu et les joueurs : "Ntamack ou Jalibert ? On a installé un faux débat"
"Concernant le jeu de l’équipe de France, si je me réfère à cet automne, ils doivent améliorer les trois secteurs clés de la défense, la discipline et la mêlée. Il faudra aussi être efficace en attaque.
Jalibert ou Ntamack ? Je crois qu’on a installé un faux débat. Les deux ont de grandes qualités. À vouloir en faire une polémique, on n’optimise peut-être pas leurs qualités en complémentarité. En fonction de l’adversaire, du match, du score, l’entraîneur a la possibilité de changer sa tactique. C’est ce qu’il faudrait regarder avant tout plutôt que leur seule rivalité alimentée par les médias.
Alldritt ? Il semble avoir du mal à revenir à son meilleur niveau. On n’a pas tous les éléments en interne mais à son meilleur niveau, Alldritt a prouvé qu’effectivement, il était indispensable. Quand on joue le Tournoi, on se doit d’aligner la meilleure équipe du moment. Il faut regarder le présent, on ne peut pas faire des essais."
Si j’étais sélectionneur… : "Vu les moyens dont dispose Fabien Galthié…"
"J’ai vécu comme un privilège d’avoir été à la tête de l’équipe de France. J’avais, bien évidemment, l’objectif d’être champion du monde. Quand on voit ce qu’il s’est passé en Afrique du Sud en 1995, forcément, beaucoup de frustrations restent présentes. J’ai la prétention de penser et de dire que cette équipe de France était quand même très près du titre. Il nous restait à battre les Néo-Zélandais, qu’on avait battus deux fois en 1994 (il est le premier vainqueur d’une Tournée chez les All Blacks). Au-delà, les Bleus restent un bon souvenir dans leur globalité, même dans les moments difficiles.
Aujourd’hui, si j’étais sélectionneur, vu les moyens qu’il y a à l’œuvre… À mon époque, je disposais de 26 ou 27 joueurs quand Fabien Galthié peut presque tripler tous les postes avec 42 joueurs. Les Bleus disposent également de deux mois de préparation alors que nous, nous avions rendez-vous le mercredi pour un match du Tournoi le samedi. Tout est dit.
1994 Jean-Luc Sadourny try
— APSM Rugby Channel \ud83c\udfc9 (@ApsmRugby) May 25, 2023
Eden Park, Auckland
3 July 1994 pic.twitter.com/buJBXMDEUo
Regard sur la Tournée de 1994
Alors que le rugby est sur le point d’acter le passage au professionnalisme, en 1995, le XV de France s’envole au Canada et en Nouvelle-Zélande lors de la tournée estivale de 1994. Elle marquera une étape historique dans le mandat de Pierre Berbizier, nommé en 1991.
Dans son esprit, “Berbize” réfute l’idée d’une “Tournée à l’ancienne”. Exigeant et adepte d’un rugby plus “scientifisé”, il aura passé son mandat à réclamer plus de moyens au président de la Fédération, Bernard Lapasset (1991 à 2008). En vain.
Mais cette Tournée de 1994 doit servir de tremplin et référence avant de s’envoler pour le Mondial en Afrique du Sud, où les attendent les Springboks de Nelson Mandela. À l’arrivée, elle s’inscrira dans la mémoire collective comme étant la première victorieuse au Pays du long nuage blanc. Tout avait mal commencé avec une défaite (18-16) face au Canada.
L’histoire ne repasse pas les plats
La suite fut grandiose, auréolée d’un double succès sur les All Blacks, à Christchurch (8-22) puis à Auckland (20-23), où les Bleus inscriront par Jean-Luc Sadourny “l’essai du bout du monde”. Mais l’aventure avec les “Néo-Zeds” n’était pas finie. Ainsi, le 11 novembre 1995, dans un Stadium de Toulouse déchaîné, le XV tricolore s’offre un troisième succès d’affilée (22-15) face aux Blacks.
Un exploit qui fait croire à Pierre Berbizier que la France aurait eu toutes ses chances en finale de la Coupe du monde 1995 face au même adversaire. C’était compter sans les dix centimètres de Benazzi, la défaite (19-15) face aux Springboks en demi-finales, le sentiment d’injustice… L’histoire ne repasse pas les plats.
Si j’ai un regret, c’est quand j’ai demandé certains moyens au président (Bernard) Lapasset, parce que mon objectif, et je l’avais annoncé aux joueurs, c’était d’être champion du monde. Donc, il fallait avoir du temps pour se préparer. On montrait lors des tournées d’été, où on passait cinq semaines ensemble, qu’on était capables de gagner partout. Je ne suis pas un magicien mais un entraîneur. J’avais simplement besoin de temps de préparation.
Je me souviens que de juin 1994, où on s’impose en Nouvelle-Zélande, à juillet 1995, coup d’envoi de la Coupe du monde, on aura passé 20 jours ensemble avec les joueurs, matches compris. J’avais retrouvé les joueurs en décembre, ça voulait dire que les acquis de juillet étaient pratiquement perdus. Et après, derrière… C’est ma plus grande frustration.
Tant mieux si aujourd’hui on peut donner à cette équipe de France les moyens nécessaires.
D’où, peut-être, les fortes attentes qu’on a vis-à-vis de cette équipe de France."
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