Les Bleus jugés par Philippe Saint-André : "Si cette génération veut gagner la Coupe du monde, ce sera en Australie"
Les Bleus vus par cinq anciens sélectionneurs (3/5).
À moins de deux ans de la Coupe du monde 2027 en Australie, les regards se portent avec excitation sur le Tournoi des VI Nations et le choc d’ouverture France-Irlande (le 5 février), révélateur suprême pour le titre. Vainqueurs de la compétition l’an dernier, les Bleus ambitionnent désormais le Grand Chelem et, plus loin, le sacre mondial. En sont-ils capables ? Regards croisés en compagnie de cinq anciens sélectionneurs (Pierre Berbizier, Bernard Laporte, Philippe Saint-André, Guy Novès et Jacques Brunel), qui témoignent des attentes, espoirs et déceptions suscités par le XV tricolore.
Philippe Saint-André a connu des fortunes diverses à la tête de l’équipe de France, entre 2012 et 2015. Durant son mandat, il a cumulé 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites. Son fait d’armes : la tournée d’automne parfaite en 2012. Son pire souvenir : la déculottée, en quart de finale du Mondial 2015, contre la Nouvelle-Zélande (62-13).
France-Irlande
"La victoire de l’an dernier (27-42) à Dublin a fait comprendre que les Français avaient pris le dessus. Les Irlandais sont un peu moins bien que les sept dernières années. Ils ont eu une génération incroyable. Là, ils sont plus dans le dur. Le Munster n’est plus l’équipe ce qu’il était, le Leinster non plus. Après, il faut toujours s’en méfier, bien sûr. L’équipe de France, en plus, va jouer un jeudi soir. Fabien Galthié aura deux jours de moins de préparation.
Si une défaite serait un échec ? Tout dépend du contenu, de la physionomie du match, s’il y a un carton rouge ou orange. Ce Six Nations va être compliqué. Les clubs français sont moins dominants que les autres années sur la scène européenne. Les Anglais reviennent, les Ecossais aussi, comme Glasgow. On voit l’Italie progresser. Je pense que ce sera un Tournoi plus ouvert que les autres années. L’Angleterre a fait une année 2025 exceptionnelle (11 victoires d’affilée). Ce Tournoi est l’avant-dernier avant la prochaine Coupe du monde, il est plus ouvert que jamais, à part les pauvres Gallois.
"Je pense que ce sera un Tournoi plus ouvert que les autres années"
Puis Antoine Dupont sera de retour. Il a cette aura, cette capacité à fédérer autour de lui, à insuffler de la confiance. En plus, il retrouve de sacrées sensations.
La conquête sera primordiale. Les Irlandais ont cette faculté d’être très bons dans les duels aériens. Le point fort de cette équipe de France reste les zones de marque, que ça soit par la puissance, des jeux au pied en diagonale ou par la qualité des finisseurs comme Penaud, Bielle-Biarrey etc. On est redoutable de précision."
Le Tournoi
"Ce Tournoi doit permettre d’emmagasiner de la confiance. La défaite contre l’Afrique du Sud (17-32) lors de la tournée de novembre avait fait mal à la tête des joueurs. Ensuite, le match contre les Fidji (34-21) n’avait pas été abouti.
Ce Tournoi est important aussi pour le contenu. Il sera intéressant de voir sur quelle équipe Fabien Galthié va se pencher.
L’adversaire le plus dangereux sera l’Angleterre. À un moment donné, ils avaient perdu une confiance énorme, ils n’avaient plus d’identité de jeu, ne savaient plus gagner les matches, ils tremblaient lors du dernier quart d’heure. Cette année, il y a eu un déclic. Là, ils sont étonnants d’efficacité, de précision. Leur banc apporte beaucoup, aussi. Des nouveaux joueurs ont émergé, comme Henry Pollock.
On s’aperçoit aussi que tu as des équipes comme Bath, Northampton ou Bristol qui sont en train aussi de progresser. Avant, c’était Saracens et Leicester. Maintenant, d’autres équipes sont en train de prendre le leadership. Le France-Angleterre sera LE match à suivre."
La Coupe du monde 2027
"Si l’Afrique du Sud est imbattable ? Il faut espérer que non. La démonstration faite lors des tests de novembre montre que les Sprinboks sont assez impressionnants, même à 14 contre 15. Ils nous ont tordus. Ils ont une vitesse, une puissance, une défense, une confiance dans leur jeu… Ces derniers temps, ils ont fait mal à la France, comme en novembre ou lors du quart de finale de Coupe du monde. Ce qui est sûr, c’est qu’ils dominent le rugby mondial.
Si cette génération veut gagner, c’est en Australie
Sinon, je pense que la France peut être championne du monde, vraiment. On a une génération avec Antoine Dupont, Thomas Ramos, Greg Alldritt… Si cette génération veut gagner, c’est en Australie. Les tauliers auront entre 50 et 60 sélections. Tout l’aspect pression, préparation d’une Coupe du monde, des phases finales… Il y aura de l’expérience et du vécu commun. L’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre et la France sont les quatre favorites."
Jeu et joueurs
"Il y a un chantier au poste de pilier depuis la blessure d’Uini Atonio. On a vu Régis Montagne, il a progressé. Mais c’est le poste où il n’y a pas un titulaire indiscutable. A d’autres postes, il y a des choix à faire.
À l’ouverture, actuellement, je préfère Matthieu Jalibert. Défensivement, il a progressé. Romain Ntamack est dans le dur, a subi des blessures. C’est un grand joueur mais il n’a pas retrouvé ses sensations, il a besoin d’enchaîner. La complémentarité avec Antoine Dupont est à prendre en compte. Ntamack et Thomas Ramos s’entraînent tous les jours avec lui. Dupont crée beaucoup. Jalibert, c’est lui le créateur à Bordeaux, là où Maxime Lucu est davantage un éjecteur. Mais le duo peut fonctionner.
Au centre, ce sera intéressant de voir quelle paire sera associée, si Gaël Fickou, qui a tant d’expérience, sera utilisé.
Chez les mecs qui montent, j’aime beaucoup le Palois Théo Attisogbe. Je le trouve excellent. Dans les duels aériens, il est très bon. Mais il faut déboulonner Penaud, Ramos et Bielle-Biarrey. Là, on a un quatrième du même niveau."
Si j’étais sélectionneur
"Mes années comme sélectionneur ont été compliquées, mais je ne regrette rien. On a quand même vécu de sacrés moments avec mes joueurs et mon staff. Quand on préparait des matches du Tournoi, on avait des mecs qui avaient joué la veille, on était 22 à Marcoussis. C’était du bricolage.
C’est terrible, mais la branlée contre les All Blacks à Cardiff (62-15, quart de finale du Mondial 2015) a fait prendre conscience à la Ligue et à la Fédération qu’il fallait mettre les joueurs à disposition. Je me suis battu contre une structure qui ne voulait pas changer ces choses-là. J’aurais peut-être dû prendre ces choses-là avec plus de légèreté.
C’est important que l’équipe de France soit devenue une priorité
Je n’ai pas fait que des bonnes choses, loin de là. J’ai vécu cette expérience, j’ai vu ce qu’était que d’être un sélectionneur. Deux fois, pendant le Tournoi, on gagne les deux premiers matches. J’avais demandé mes mecs au repos pendant le doublon suivant. Et les quinze avaient joué ! Donc tant mieux pour le sélectionneur que ça ait changé. C’est important que l’équipe de France soit devenue une priorité.
C’est rassurant de voir que Guy Novès et Jacques Brunel ont eu les mêmes soucis que moi, voire pires !
Mon meilleur souvenir restera sans doute les trois tests de novembre, en 2012. On gagne les trois (Australie, Fidji, Argentine) et on devient quatrième équipe mondiale. Ça nous permet d’avoir un bon tirage au prochain Mondial. Cette tournée avait été réussie, de qualité."
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