Menaces de mort, violence et extorsion : un couple d’Avignonnais condamné pour avoir fait vivre l’enfer à une jeune Gardoise
Une extorsion estimée à plus de 5 000 euros de préjudice financier. Mais le préjudice moral pour la victime est, lui, bien plus conséquent. Elle a fait une tentative de suicide. Le couple a été condamné par le tribunal judiciaire de Nîmes ce lundi 12 janvier.
"Si la victime est absente, c’est parce que début décembre, elle a fait une tentative de suicide", insiste Me Hugo Ferri, avocat de la partie civile. Une observation, loin d’être anodine, qui traduit la violence de ce dossier, aussi bien physique que morale, qui a été jugé ce lundi 12 janvier. Face au tribunal, un couple d’une vingtaine d’années, originaire d’Avignon, qui ne semble pas éprouver le moindre remord.
Une première partie jugée en novembre
Un dossier d’extorsion jugé en deux volets. Le premier remonte à novembre dernier, lorsque trois jeunes – deux mineurs et un majeur – ont été condamnés pour des faits de violences sur Marie (*). Cette dernière, s’est fait agresser violemment devant son domicile aux Angles. Grâce à l’intervention de son voisin, les suspects ont été interpellés.
Et lors des investigations, rapidement, il ressort que cet épisode de violences survient après plusieurs semaines de menaces et de chantage dont Marie est victime. Mathéo, le seul majeur dans ce premier dossier, a d’ailleurs reconnu avoir été "recruté" par une tierce personne. Commanditaire dont il taira le nom par "crainte". Mais suite à sa condamnation à trois ans de prison, il livre finalement son identité.
"Tu vas pleurer quand tu vas la retrouver ligotée"
C’est ainsi qu’Allan Abbes et sa compagne sont interpellés dans une chambre d’hôtel en janvier dernier. Il leur est reproché d’être à la tête de ce chantage qui a duré plusieurs semaines. Un calvaire qui a débuté le 18 septembre 2025, deux semaines après la rencontre entre la victime et Allan Abbes. Lui explique avoir eu une relation avec elle, elle conteste.
Dans tous les cas, jusqu’au 8 octobre dernier, les messages se multiplient. Jusqu’à des menaces de mort. "Vous avez envoyé à son mari : "Tu vas bien pleurer quand tu vas la retrouver ligotée chez moi'", souligne notamment Gwenaëlle Le Flao, la présidente, à l’attention du prévenu. Propos que le prévenu conteste, tout comme il nie avoir recruté les trois jeunes pour la violenter.
Lors de son audition, Marie évoquera également avoir été victime de menaces de la part d’Allan, pour qu’elle se prostitue pour lui. "Sachant que vous avez déjà été condamné pour ça dans le passé, ça interroge", poursuit la présidente. Mais là encore, l’Avignonnais conteste cette partie de l’histoire.
Aucune remise en question des prévenus
Seul élément qu’il reconnaît au final, c’est d’avoir escroqué plus de 5 000 euros à Marie. En revanche, il soutient que sa compagne n’est pas impliquée dans cette affaire. Et ce, malgré les sommes d’argents versées sur le compte Revolut de cette dernière, ainsi que les messages menaçants envoyés à Marie via son téléphone. "Je ne suis au courant de rien. C’étaient des amis à lui qui prenaient mon portable. Et l’argent, je n’ai pas cherché à comprendre", soutient-elle. "Et vous n’avez jamais regardé ces échanges ? Vous pensez vraiment que c’est crédible ?", l’interpelle la présidente. "Non j’ai rien vu, ça ne me regarde pas", rétorque-t-elle, nonchalamment. Une version soutenue par son compagnon.
Un dossier sordide que Me Hugo Ferri regrette de voir juger en deux temps. Et insiste sur les conséquences traumatisantes pour sa cliente. "Dans sa lettre d’adieu, lors de sa tentative de suicide, elle identifie le seul responsable de toute sa souffrance. Et c’est Monsieur", martèle-t-il, demandant un renvoi sur intérêt civil pour chiffrer le préjudice moral de la victime. Mais là encore, aucune empathie de la part des prévenus. La jeune femme allant jusqu’à échanger des sourires avec ses amies présentes dans la salle.
Une personnalité "effrayante" du commanditaire
"Il n’y a clairement aucune remise en question de leur part", dénonce Charlotte Cerna, la procureur. Elle rappelle également le profil inquiétant du commanditaire présumé, déjà condamné à 17 reprises, notamment pour vol aggravé, tentative d’escroquerie, stupéfiants, proxénétisme… Et requiert 6 ans à son encontre, avec un maintien en détention et plusieurs interdictions. Pour sa compagne, dont le casier est vierge, elle demande une peine de 18 mois de sursis probatoire.
Une attitude contestable que les avocats de la défense reconnaissent, mais nuancent. "La personnalité de Monsieur a plusieurs fois été décrite comme effrayante. On peut entendre qu’elle a peut-être, elle aussi, été sous sa pression. Que si elle a fermé les yeux sur ces agissements, c’est par crainte", plaide notamment Me Annélie Deschamps, représentant la jeune femme.
Après délibéré, Allan Abbes est condamné à 6 ans de prison, avec maintient en détention. Sa compagne est, elle, condamnée à 2 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire pendant deux ans. La partie ferme doit être aménagée sous bracelet électronique. Des interdictions de contact avec la victime et de détenir une arme pour une durée de 5 ans ont également été prononcées. Enfin, ils doivent rembourser les 5 090 € de préjudice financier à la victime.
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