Vin et cépages : "Notre aventure résistante", le regard du négociant et vigneron Antonin Bonnet
A la veille du salon Millésime bio, le point de vue d’un vigneron et négociant audois, Antonin Bonnet, qui s’est lancé avec Pierre Caizergues dans la niche, pour l’instant, des cépages résistants.
Il est des étés dont on se souvient peu, mais l’été 2020 restera pour nous mémorable. Il faisait très chaud, ce jour-là. Nous étions au domaine expérimental audois de Cazes, à Alaigne. Pierre (Caizergues, son ami et associé au sein de Pierre & Antonin) m’avait convaincu de le rejoindre pour comprendre les cépages résistants. Nous faisions déjà quelques essais avec le Souvignier Gris, mais pour être honnête, je ne comprenais ni le principe ni l’intérêt de ces cépages. Je venais de passer huit ans à vendre de la Syrah pour une maison du Rhône aux USA ; je ne voyais pas pourquoi nous aurions besoin de cépages supplémentaires. "Ça va tout compliquer, pensais-je. Impossible à vendre."
Pourtant, au fil de la journée, mes barrières se sont estompées. Face aux démonstrations de résistance et de tolérance des Vidoc, Artaban ou Floréal, j’ai commencé à changer d’avis. Ce fut le point de départ de notre aventure "résistante". Aujourd’hui, nous sommes producteurs et négociants, dédiés à 100 % aux vins issus de cépages résistants.
Avec Pierre, nous sommes basés dans l’ouest audois, dans un secteur où les AOP, malgré leur résilience et leurs qualités, ne nous aident pas à vendre. Nous sommes donc partis d’une feuille blanche. Quitte à nous affranchir des appellations, autant le faire avec des cépages nouveaux, réputés résistants au mildiou et à l’oïdium. C’est, selon nous, le véritable rôle d’un négociant : explorer de nouveaux horizons et défendre une approche différente.
Ces cinq dernières années, nous avons rencontré de nombreux producteurs afin de déguster et vinifier ces cépages. Le chemin n’a pas été simple : certaines de nos cuvées en 2020 et 2021 étaient très monochromes et nous avons parfois douté, d’autant que les spécialistes capables de nous guider étaient rares. Nous avons appris chaque année, progressé et nos vins se sont peu à peu patinés.
Changement climatique
À la veille des deux salons clefs de l’année, Millésime Bio et Wine Paris, nous présentons dix cuvées résistantes, toutes en mono-cépages. Ce choix nous permet de révéler les caractéristiques propres à chacun, sans les lisser dans des assemblages.
Nous en tirons une fierté : celle d’avoir convaincu nos partenaires que les cépages résistants constituent une réponse concrète aux défis de la viticulture et au changement climatique. Déjà engagés en bio, ces cépages nous permettent de réduire drastiquement les traitements et de nous concentrer sur une vinification plus pure.
La résistance ne durera pas éternellement, la nature est ainsi faite. Mais chaque année sans traitement compte et nous permet de poursuivre nos recherches. "De petites victoires, un millésime à la fois", comme le disait un collègue résistant du Sud-Ouest. Nous ne souhaitons pas la fin des cépages historiques, bien au contraire. Pierre et moi buvons plus de vins issus de Vinifera que de cépages résistants, mais une voie s’est ouverte et nous l’avons prise en conscience. Nous espérons ainsi contribuer à l’avenir de la vigne en Languedoc, pour l’aider à perdurer dans notre belle région.



J'ai déjà un compte
Je me connecteVous souhaitez suivre ce fil de discussion ?
Suivre ce filSouhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?