Dans un contexte de crise, les questions des logements abordables et du développement durable se posent

  • Un échange constructif entre professionnels du secteur.
    Un échange constructif entre professionnels du secteur. Midi Libre - MiKAEL ANISSET
  • Pierre Martin, président de la FFB Gard
    Pierre Martin, président de la FFB Gard Midi Libre - MiKAEL ANISSET
  • François Nevière, ADN Architectes
    François Nevière, ADN Architectes Midi Libre - MiKAEL ANISSET
  • Romain Tissot, président de la FNAIM Gard-Lozère
    Romain Tissot, président de la FNAIM Gard-Lozère Midi Libre - MiKAEL ANISSET
  • Thierry Iacazio, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers Occitanie Méditerranée
    Thierry Iacazio, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers Occitanie Méditerranée Midi Libre - MiKAEL ANISSET
  • Cassandre Gely, référente nationale économie circulaire du Groupe Apave
    Cassandre Gely, référente nationale économie circulaire du Groupe Apave Midi Libre - MiKAEL ANISSET
Publié le
Loic Feltrin

Le Lab Immo Midi Libre, jeudi soir dans les locaux de la Fédération Française du Bâtiment à Nîmes, a abordé le sujet de la création de parcs de logements abordables et de l’intégration des normes de construction durable.

"Nous, les professionnels de l’immobilier, sortons de deux années difficiles, introduit Romain Tissot, fondateur de Tissot Immobilier et président de la FNAIM Gard-Lozère. Nous avons constaté une baisse de 35 % du volume des ventes dans le Gard contre 20 % au national. Cela a des impacts économiques réels et violents pour nos adhérents, on recense 1200 fermetures d’agences immobilières en 2024. Les prix montent, les clients reportent leurs projets…"

Dans ce contexte de crise du logement, l’agence Evelyne et Midi Libre ont réuni cinq professionnels du secteur, jeudi dernier, dans les locaux de la Fédération française du Bâtiment (FFB) à Nîmes.

Questionné sur le sujet des logements dits abordables, Thierry Iacazio, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers Occitanie Méditerranée, explique qu’avec "l’augmentation des taux bancaires et des coûts des matières premières, il existe une désolvabilisation très forte de nos clients. On a donc connu un choc de la demande et un questionnement complet de la chaîne de production."

"Il faut aller sur le développement durable"

Alors, comment répondre aux défis architecturaux actuels ? "Plus le contexte est difficile, plus la réflexion à avoir pour concevoir des bâtiments est importante, constate François Nevière, gérant de l’entreprise nîmoise ADN Architectes. Je suis convaincu qu’il faut aller sur le développement durable."

Pour y parvenir, la réglementation environnementale 2020 (RE2020) vise à limiter les impacts de la construction sur la planète, tout en assurant un confort et de faibles consommations énergétiques. "Cette norme mise en application en janvier 2022 fixe des objectifs vertueux, note Pierre Martin, président de la FFB Gard. En 2025 elle évolue avec de nouveaux objectifs qui génèrent un surcoût de construction. La version 2028 va sortir, elle abaisse le seuil à un tel niveau qu’on ne pourra plus construire un seul bâtiment en béton en 2028. Cela va dans le bon sens mais tout ça à un coût. Par exemple, je ne pense pas que la filière bois en France soit assez forte pour être surutilisée."

Le réemploi peut être une solution viable. "Quand on utilise un matériau issu du réemploi, on a un poids carbone égal à zéro, ce n’est pas négligeable, souligne Cassandre Gely, référente nationale économie circulaire du Groupe Apave. Dans la RE2020, on peut valoriser tout ce qui est du domaine du réemploi de matériaux."

Les incertitudes, "un vrai frein à l’activité"

Autre enjeu, le bâtiment ancien. Dans le Gard, 40 % des bâtiments datent d’avant 1975, 5,6 % sont des passoires thermiques. "Depuis la loi climat résilience, on a tous entendu parler du DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), obligatoire pour toutes les transactions, explique Romain Tissot. La règle impose des rénovations ou interdit la remise en location. Il y a un travail à réaliser."

Mais les freins administratifs sont nombreux. "L’ensemble du budget de 2025 de l’aide MaPrimeRenov’ sera consommé fin juin, constate Pierre Martin. Le budget consommé au premier semestre est consacré à des travaux commencés en 2024 quand on a imposé aux particuliers de faire de la rénovation par paquet. Ce dispositif suspendu devait reprendre en septembre prochain. Avant de s’engager dans des travaux, le client attend de savoir ce qu’il va pouvoir financer. Et, le fait que les artisans ne puissent pas prendre de commandes est un vrai frein à l’activité."

Ils l’ont dit

Pierre Martin : "Des défaillances d’entreprise"

Je demande aux promoteurs immobiliers présents de ne pas considérer les entreprises comme la variable d’ajustement d’un bilan qui ne tourne pas. Quand les années sont bonnes, les entreprises du bâtiment réalisent 2 % de marge. Quand les promoteurs sont obligés de vendre à des bailleurs sociaux, les prix sont bas parce que le terrain acheté n’était pas destiné à des logements pour des bailleurs sociaux. Les entreprises n’ont pas de travail, baissent leur prix et perdent de l’argent. On constate alors de nombreuses défaillances d’entreprises.

Thierry Iacazio : "Une lueur d’espoir"

"Face à ces difficultés, nous sommes dans un combat au quotidien. Nous exerçons des métiers de passion. Avec cette baisse des taux de 4 % à 3 %, on arrive à avoir des clients. Si le projet est bien calibré, qu’il répond à la demande, on peut réussir à avoir une à deux réservations. On essaie de se diriger vers des ventes en bloc pour essayer d’accélérer les volumes même si ce n’est pas possible de partout. Aussi, on a réduit la taille des opérations pour aller plus facilement sur les commercialisations. Il existe une lueur d’espoir."

Romain Tissot : "Un frémissement en 2025"

"On a la chance d’être dans une région avec un flux démographique positif. La demande sur la location et l’achat est dormante mais commence à se réveiller, les chiffres le montrent. On constate un frémissement sur le premier trimestre 2025, c’est positif. Pour déclencher la relance du marché, il manque sur le neuf une loi de défiscalisation pour booster les investisseurs. Sur la partie de la revente et de la location, il faut apporter de la confiance aux vendeurs et aux acquéreurs. On espère dresser un bilan positif à la fin de l’année."

François Nevière : "Chacun doit évoluer"

"Une anecdote : nous sommes en train de terminer un projet de construction dont les premières esquisses datent de 12 ans en arrière. C’est dire que nous sommes parfois confrontés à des décideurs qui veulent tout. Nos élus ont beaucoup à faire, tant au niveau des lois qu’au niveau de leurs décisions. Dans la filière, le contexte nous oblige à être plus performant sur tous les aspects. Et, trop souvent, l’acte de construire ou d’acheter s’apparente à une forme de réussite sociale et pas à un projet de vie. Face à ces problématiques, chacun doit évoluer dans la mesure du possible."

Cassandre Gely : "Le réemploi, c’est l’avenir"

"Si, aujourd’hui, nous sommes dans le négatif, nous n’avons qu’à changer de métier. Je crois en l’avenir de l’économie circulaire, quelque chose qui a toujours existé. Le réemploi est là, sous nos yeux, sur le territoire. Peut-être qu’il est à Paris mais il est là. Ne vaut-il pas mieux le faire venir de Paris que d’un pays lointain ? C’est une solution d’avenir, il faut se mettre autour de la table pour en parler et se faire de bons retours d’expérience."

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Les commentaires (1)
Krin30 Il y a 3 mois Le 15/10/2025 à 16:34

Rendez-vous pour la prochaine table ronde le 18 novembre.